Un plan de travail par le prof doc : l’essayer c’est l’adopter ?

Le 22 février 2020, dans le cadre des rencontres du CRAP Bourgogne Franche-Comté, j’avais suivi un atelier sur les plans de travail lors d’une journée dédiée à La coopération, oui…mais…comment ?

Depuis quelques mois, je vois passer sur mon fil d’actualité des tweets de collègues partageant leurs plans de travail dans diverses disciplines. Jusqu’alors, je ne m’étais pas lancée dans cette expérimentation. Une séquence menée avec l’un des enseignants d’anglais du lycée m’a conduite vers la mise en place de ce dispositif ou du moins une première tentative.

  1. Définition

Dans un premier temps, il m’a fallu comprendre ce que l’on entend (et attend) par « plan de travail », les représentations étant variables.

Un peu d’histoire : du plan Dalton au plan de travail

Le concept est né aux Etats-Unis en 1919 par Helen Parkhunst, qui a mis en œuvre une première forme de travail différenciée et contractualisée avec chaque élève (classe multi-niveaux de 40 élèves), sous le nom de plan Dalton.

L’idée a ensuite été reprise par Carleton Wasburne durant l’entre-deux-guerres, qui a développé sa méthode sur des fiches autocorrectives articulées avec un travail de groupe. Le plan de travail collectif axé sur des projets émergeait.

C’est à Célestin Freinet (1919) que nous devons le plan de travail coopératif tel que nous l’utilisons aujourd’hui, libéré du contexte de l’époque (taylorisme).

(Source : Charpiot, C. Melizi, F. Gueyraud, C. 100 idées pour faire classe autrement ou comment les pédagogies coopératives changent la vie de l’école. Tom PouSSE, 2020).

Un plan de travail peut se définir comme un document adapté à chaque élève, sur lequel celui-ci planifie ses activités à partir de ce qu’il souhaite et peut réaliser et de ce qu’il a à acquérir et maîtriser au terme de son cycle. Il note la réalisation des travaux, évalue l’ensemble en fin de période de validité du plan afin d’élaborer le plan de travail à venir. La planification du travail s’effectue à partir de supports et matériels qui proposent une progressivité : pour un même domaine, les élèves n’en sont pas tous aux mêmes étapes.
Un plan de travail se présente donc comme un outil de différenciation pédagogique. Il est proposé à tous les élèves, et non comme une remédiation pour les seuls élèves en difficulté. Il vise la prise en compte des hétérogénéités au sein d’une classe en situant l’activité scolaire des élèves dans leur zone de proche développement. C’est un document propre à chaque élève, proposant un partenariat responsable avec chacun par une organisation rigoureuse de leur autonomie.


Cette définition est extraite de la fiche 8 de l’article Organiser la coopération dans sa classe, de Pierre Cieutat, Sylvain Connac, Cyril Lascassies et Cécile Morzadec, publié sur le site des Cahiers pédagogiques (4 janvier 2019).

Que nous pouvons compléter par : « le plan de travail peut être entendu comme :

  • un document adapté à chaque élève,
  • sur lequel il prendra conscience du travail à réaliser sur un certains laps de temps (7, 15 jours, un mois),
  • il note la réalisation des travaux,
  • il évalue l’ensemble en fin de période de validité du plan afin d’élaborer le plan de travail à venir.
    L’enseignant :
  • valide le travail envisagé,
  • le modifie si besoin,
  • suit,
  • accompagne et oriente la réalisation,
  • participe à l’évaluation globale du travail (source)

Le plan de travail peut s’ancrer dans l’emploi du temps classique à raison d’une à deux heures par semaine.

L’idée-force du plan de travail : rigueur – flexibilité – plaisir

(Source de la citation : Charpiot, C. Melizi, F. Gueyraud, C. 100 idées pour faire classe autrement ou comment les pédagogies coopératives changent la vie de l’école. Tom PouSSE, 2020).

Les diapositives ci-dessous résument « ce que doit être et ne pas être, un plan de travail » (source : Les plans de travail en maternelle. Formation P.E.S. DSDEN51 – Janvier 2020).

2. Contexte & constats

Depuis l’année dernière, j’interviens auprès d’un groupe d’élèves de Terminale dans la spécialité LLCER Anglais, Monde Contemporain, afin de présenter la recherche documentaire au regard des attendus de l’épreuve orale. Le professeur documentaliste a toute sa place comme en témoigne les préambules communs des programmes de 1re et Tle.

Les expressions « spécialisation graduelle, progressivité dans les apprentissages » font référence à une acquisition des compétences méthodologiques ou info-documentaires définies selon un parcours évolutif, adapté à l’hétérogénéité des élèves, différencié pour prendre en compte le rythme des élèves, et selon des modalités pédagogiques à penser par l’enseignant.

Nos constats vont dans ce sens : les élèves n’avancent pas au même rythme, certains sont plus autonomes, d’autres ont besoin d’un accompagnement plus soutenu. Pour certains, définir un sujet à partir de l’un des trois thèmes du programme de spécialité LLCER représente une première difficulté. Ce choix dépend de plusieurs facteurs : motivations et intérêts personnels, de la connaissance préalable du sujet, de la pertinence du sujet par rapport aux attendus, de la documentation disponible. Ces deux derniers peuvent aussi engendrer un changement de sujet.

Le plan de travail peut constituer une solution pour les guider davantage dans cette préparation de l’oral, par une appropriation progressive de la méthodologie à la recherche documentaire.

3. Motivations

Plusieurs éléments ont donc motivé cette démarche. Le plan de travail est un outil permettant :

  • une personnalisation des apprentissages,
  • une progression dans les apprentissages,
  • une gestion de l’hétérogénéité et des différences de rythme d’apprentissages des élèves,
  • une différenciation pédagogique,
  • une coopération entre élèves (dont le tutorat entre pairs),
  • une auto-évaluation par l’élève,
  • une évaluation par l’enseignant,
  • une gestion des apprentissages en fonction des temps de classe et hors-classe, de manière individualisée et collective,
  • une planification des activités à réaliser,
  • le développement de l’autonomie,
  • un suivi des apprentissages,
  • une responsabilisation de l’élève,
  • une planification des tâches dans le temps.

4. Élaboration

Comment construire un bon plan de travail ? Plusieurs critères sont à considérer par l’enseignant. Il s’agit :

  • d’identifier les pré-requis, les connaissances et compétences à travailler,
  • de construire une progression desdites connaissances et compétences,
  • de penser les phases correctives (et auto-correctives),
  • de réfléchir à l’accès aux supports,
  • de varier les activités,
  • de planifier les aides et les temps de remédiation,
  • de valoriser les progrès et réussites.

Il est possible d’associer les élèves à l’élaboration du plan de travail de manière à l’individualiser, à l’adapter au plus près des besoins et le faire évoluer. Un point de vigilance : les élèves doivent s’approprier les différents espaces de la classe, du CDI et connaître les ressources et outils disponibles en fonction des différentes tâches à réaliser.

L’élaboration de ce premier plan de travail m’a demandé un certains temps, du fait de l’ensemble des critères à considérer, que ce soit sur le fond ou sur la forme, et par l’amplitude de la période concernée. La préparation à l’épreuve orale se faisant sur plusieurs semaines, j’ai préféré décomposer le dispositif selon trois objectifs principaux, définis en fonction de l’épreuve elle-même :

  • plan de travail 1 : constituer son dossier personnel
  • plan de travail 2 : préparer l’exposé, support de l’oral
  • plan de travail 3 : s’entraîner à l’oral

Parmi les exemples que l’on peut trouver en ligne, beaucoup de plans de travail sont présentés sur un document unique. J’ai tenté de relever ce défi. Il sera toutefois imprimé au format A3 pour rester lisible.

J’ai préféré éviter le support type tableau ou grille à destination des élèves. Le suivi des élèves (gestion des activités effectuées, de leur progression) par l’enseignant se fait à l’aide d’un tableur excel. Toute l’organisation est à prévoir, au même titre qu’une séquence pédagogique, mais l’esprit de synthèse est de rigueur ici. Il faut faire simple et visuel tant qu’à faire, être claire, concis. Le plan de travail doit être explicite, manipulable, cohérent, harmonieux. Le repérage des activités doit être facilité au vu des différents niveaux d’ informations présentées.

Image et Codes Qr cliquables. Conçu avec Canva © Version modifiable

Un parcours Canoprof en trois chapitres vous accompagne dans cette découverte, construction et mise en œuvre du plan de travail.

5. Le plan de travail adapté à la recherche documentaire

Cette première version a pour but de constituer le dossier personnel dans le cadre de l’épreuve ; objectif principal affiché en intitulé du plan de travail. Au départ, j’avais identifié six compétences info-documentaires, que j’ai finalement regroupé pour ne pas surcharger le document :

  • compétence A : connaître les étapes de la recherche informationnelle
  • compétence B : connaître les attendus de l’épreuve
  • compétence C : sélectionner des documents pertinents

Chacune d’elles sont identifiables lors des cinq étapes du parcours.

La mention « Pour le : –/–/—- » du point 5 fixe la durée globale du plan de travail ou échéance finale. Les délais sont fixés communément avec le collègue d’anglais.

Le parcours se compose de cinq paliers que l’élève suit chronologiquement, et correspondant aux étapes de la recherche d’informations :

  1. Identifier les étapes de la recherche documentaire et comprendre les attendus de l’épreuve. Connaître les ressources et outils à consulter au CDI, sur Esidoc, en ligne (dictionnaires, encyclopédies, presse anglaise, recherche avancée),
  2. Choisir un thème du programme, définir un sujet,
  3. Délimiter les contours de son sujet,
  4. Identifier des sources d’informations potentielles pouvant répondre à son sujet de recherche,
  5. Mise en application de la démarche et sélection de documents.

Certaines étapes proposent :

  • une remédiation comme le visionnage de capsules vidéo ou la réalisation d’un parcours d’autoformation à la recherche documentaire, en complément des séances 1 et 2 pour renforcer les acquis,
  • une aide méthodologique quant aux outils à convoquer pour cerner son sujet.

Un accompagnement graduel est prévu selon les besoins de l’élève, que celui-ci renseigne au cours du parcours :

  • tutoriels et ressources
  • tutorat, entraide entre pairs
  • accompagnement par un enseignant

Côté évaluation, trois temps sont envisagés :

  1. Au départ, une évaluation diagnostic pour identifier les besoins, faire le point sur les acquis des élèves,
  2. Une évaluation sommative à partir d’un quiz conçu avec la Quizinière de réseau Canopé (étape 1),
  3. Une auto-évaluation en fin de parcours pour mesurer ses progrès à l’aide d’une grille critériée + autonomi-mètre à renseigner.

Certains temps banalisés avec l’enseignant visent à effectuer un bilan d’étapes pour passer à la phase supérieure, assurer un suivi, vérifier la réalisation des activités et permettre une constance dans la planification du travail (persévérance, engagement).

6. Quelques lectures sur le sujet

Les plans de travail. Un outil pour prendre en compte la diversité des élèves. Sylvain Connac

Le plan de travail : un outil de différenciation au service des apprentissages. Audrey Chapelain

Le plan de travail pour redonner l’initiative aux élèves. Alexandre Balet, Geoffroy Laboudigue, Yannick Giordan

Sur le portail de l’académie de Paris : Aide aux élèves. Le plan de travail

Dans l’Expresso du Café Pédagogique, un témoignange : La classe plaisir : Le plan de travail « au choix », Charlotte Marin

Sue le site pédagogique Anglais de l’académie de Nice, un outil : Générateur de plan de travail, Pedago Maker

7. Bilan et suite à venir

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