Publié dans Ludification

La pratique du puzzle au CDI

Sur les réseaux, nombreux sont les collègues professeurs documentalistes postant les performances de leurs élèves lors de la réalisation d’un puzzle. Après une rapide enquête, cette idée aurait d’abord germé chez nos confrères bibliothécaires et médiathécaires, pour investir ensuite les CDI de collège (en majorité) et de lycées. Anne-Lise Dupont en serait l’initiatrice en février 2018. Le puzzle collaboratif a d’ailleurs fait l’objet d’une réflexion dans l’académie de Guyane lors des TraAM Documentation 2018-1019 sur le thème : « le professeur documentaliste, créateur de ressources, de parcours et d’espaces d’apprentissages info-documentaires ».

#puzzlecollaboratif #puzzleparticipatif

Trouvant cette idée originale, j’ai souhaité tenter l’expérience auprès d’un éventail d’élèves de la 3PPM à la Terminale (GT et professionnelle), en tâtonnant au départ ne sachant l’accueil qui allait être réservé à la première boîte de 1000 pièces.

Le puzzle est une activité intergénérationnelle. Il s’agit d’un loisir très tôt investi dans les foyers et les plus jeunes y sont vite familiarisés. Ainsi, pourquoi ne pas lui faire une place au CDI et assurer cette continuité ou permettre aux plus grands de redécouvrir cette activité ? D’autant plus que sa mise en place est rapide. Les contraintes restent très minimes hormis le choix du modèle et le nombre de pièces. Certains professeurs documentalistes l’ont même investi dans le cadre d’une journée banalisée « Sans écrans ». Bien vu !

1. Définition & caractéristiques

Le puzzle est un jeu de patience. Objet à deux ou trois dimensions, il fait partie de la catégorie « casse-tête » et se pratique seul ou à plusieurs (source : Wikipédia).

Concernant la méthode de résolution « classique » (puzzle de type rectangulaire), elle se décompose en plusieurs étapes :

  • Recherche des quatre coins du puzzle,
  • Recherche des bords,
  • Remplissage à partir des bords ou d’un élément significatif (personnage par exemple),
  • Tri des pièces par couleurs dominantes,
  • Ou par la forme de leurs excroissances et creux,
  • Usage des symétries.

Pour en savoir plus sur ces deux derniers éléments et l’anatomie des pièces d’un puzzle, je vous recommande cet article de Wikipédia.

Construire un puzzle suppose une démarche de prises d’indices spatiaux sur le support (le cadre, les contours, le fond illustré) et les pièces. La sujet raisonne, tâtonne, essaie, échoue, tente à nouveau et met son esprit au défi. Cette activité intellectuelle demande un niveau élevé de concentration, de réflexion et de patience. D’ailleurs, on parle de jeu méditatif. Comprendre ce que les pièces sont dans la logique même du puzzle et comment elles doivent être positionnées, suppose des compétences visuelles et spatiales simultanées. Il est également nécessaire de mémoriser les détails et les images (reconnaissance des couleurs, des motifs, des formes) et de mettre en place des stratégies (tri des pièces par couleurs puis par nuances). Le sujet retient, trie et traite les informations. Le puzzle incite aussi à lutter contre les réflexes « primitifs » ou l’abandon face à une tâche trop complexe.

Dans le contexte d’un puzzle participatif, chaque nouvelle pièce ajoutée par un élève est vécue comme une nouvelle « partie ». Reprendre un puzzle en cours de construction et débuté par d’autres, induit un temps d’analyse au préalable et de compréhension des stratégies initiales. D’où l’importance de veiller au bon déroulement de sa réalisation. Certains farceurs se jouent de mélanger le tri opéré par leurs camarades par exemple, ou emboîtent de mauvaises pièces à différents endroits.

Astuce : il serait intéressant de faire verbaliser les élèves sur leur méthode de résolution et de la comparer à celle présentée ci-dessus.

2. Les vertus du puzzle

  • l’apaisement : rien de tel qu’un puzzle pour se détendre, se recentrer, se relaxer, s’évader, pour se décharger de toutes formes de stress, et aussi oublier les écrans le temps d’un instant,
  • la stimulation : cette activité permet d’entretenir sa mémoire et son cerveau, de manipuler (motricité fine), d’apprendre la patience, de faire preuve de ténacité et de persévérance, de réfléchir à son rythme, seul ou à plusieurs,
  • la concentration et la réflexion : pour réaliser un puzzle, il faut avoir le sens de l’observation, être dans une démarche de résolution, mettre en place une stratégie.

Mais ce loisir est synonyme d’agacement parfois, il faut l’avouer… D’ailleurs, pour certains : « le puzzle, ce n’est pas pour moi ! »

3. Et en mode participatif ?

  • travail d’équipe (tendre vers un but commun),
  • activité populaire et intergénérationnelle,
  • activité intellectuelle,
  • coopération (on agit à plusieurs), collaboration (on travaille, on construit le puzzle ensemble),
  • socialisation : créer du lien, provoquer des rencontres,
  • susciter la curiosité, des effets de surprise quant à la progression du puzzle,
  • faire venir au CDI des élèves ou personnels qui ne viendraient pas naturellement.

Le puzzle mobilise de nombreuses capacités cognitives. Le docteur Patrick Fissler, chercheur en neurologie à l’université d’Ulm (Allemagne) a démontré les bienfaits de la pratique du puzzle dans une étude. Huit fonctions sont sollicitées :

  • la perception,
  • les praxies constructives,
  • la rotation mentale,
  • la flexibilité,
  • la mémoire de travail,
  • la rapidité,
  • le raisonnement,
  • la mémoire épisodique.

Astuce : faire une infographie des vertus insoupçonnées du puzzle pour encourager sa pratique au CDI.

4. La mise en place du puzzle au CDI

Le puzzle demande donc peu de moyens (une table de 4 places et 3 chaises pour la configuration adoptée au lycée) et peu de contraintes d’espace (il est situé à proximité de l’entrée, dans un lieu de passage du public). Quant aux tarifs, ils restent très abordables. Pour les contraintes, je n’en vois qu’une à ce jour : la perte d’une pièce ! Et une question qui demeure et reste fréquemment posée sur Twitter : que faire lorsqu’un puzzle est terminé ?

Astuce : Cécile Diet, une collègue professeure documentaliste de l’académie, m’a proposée un échange de puzzles. Pour faciliter cette organisation, il est possible de créer une carte interactive dans laquelle chacun.e saisirait les puzzles en sa possession. Carte à combiner avec un tableur en ligne pour gérer les prêts inter établissements et le calendrier.

Une pièce vous manque et tout est…

Certains fabricants proposent de compléter un formulaire de demande de pièces sur leur site. Cette activité manuelle vous explique étape par étape comment recréer une pièce de puzzle.

Autre option : l’impression 3D d’une pièce neutre ?

Si vous avez d’autres solutions à proposer, n’hésitez pas à m’en faire part en commentant l’article, je les ajouterai dans le paragraphe correspondant.

Le premier « édifice » à l’ouvrage… Edifice, c’est le mot. Les élèves ont mis plusieurs semaines avant d’en venir à bout, à tel point que nous avons l’interdiction de le remettre en boîte. Les élèves de Seconde préfèrent le voir sous cadre avec un cartel pour expliquer la démarche du puzzle participatif.

Bien choisir le modèle et le nombre de pièces adéquates pour ne pas démobiliser les élèves et engendrer un éventuel abandon. Un puzzle de mille pièces peut constituer un niveau de complexité élevé selon la scène de vie choisie.

Astuces : associer les élèves dans le choix des modèles et du nombre de pièces. Etablir avec eux un échéancier de mise à disposition des puzzles, pour marquer des temps spécifiques dans l’année. Il est possible de proposer une progression aux élèves : un puzzle de 500 pièces pour commencer, puis 1000, 2000, 4000, 10000 ? Pourquoi ne pas faire un challenge en interne avec la constitution d’équipes, ou entre plusieurs établissements ?

Et pourquoi pas, la version puzzle énigme ou 3D ?

5. En conclusion

Quelle légitimité du puzzle au CDI ?

  • Il s’agit d’une autre activité de groupe. Au lycée, il fait le lien avec la création de la ludothèque,
  • Le puzzle est un objet culturel à part entière, au même titre que le livre,
  • Il améliore la mémoire et les capacités cognitives. Sa pratique s’inscrit dans une intention de déconnexion des écrans,
  • Le puzzle, c’est l’alliance parfaite entre plaisir de jouer et plaisir de réfléchir sans trop se prendre la tête, puisque nous ne sommes pas engagés dans une partie. Il offre une liberté d’action : faire, défaire, refaire, faire une pause, avec pour finalité la satisfaction d’avoir participé.

Pour des esprits vifs et actifs !

Une activité victime de son succès

Les lycéens manifestent un véritable (regain d’) intérêt pour cette activité un temps soit peu oubliée. Ils en redemandent et sont dans l’attente du prochain modèle. Nous en sommes à la troisième boîte depuis le mois de mars. L’espace puzzle du CDI est d’ailleurs devenu une zone de surveillance maximale, à tel point que certains élèves passent à chaque intercours ou récréation afin de vérifier l’état d’avancement du modèle proposé.

Qui mieux que les élèves pour en parler ?

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