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Faire le choix de l’activité support de l’épreuve professionnelle : l’animation d’une action de formation

Je vous propose ici un retour d’expérience, des points de vigilance, des conseils, des outils, qui ne sont que les miens, mais qui peuvent vous aider à préparer et appréhender cette épreuve le plus sereinement possible.

Le choix de l’épreuve de pratique professionnelle a été rapide et relatif à mon expérience : j’anime des actions de formation dans le cadre du PAF et je n’ai pas d’expérience significative dans le champ de l’accompagnement d’un stagiaire. Par sûreté, j’ai préféré opter pour l’animation d’une action de formation dans le cadre de l’admission du Caffa session 2021.

  1. En guise de rappel

L’épreuve comprend :

  • l’animation d’une action de formation professionnelle auprès d’un groupe, sur un sujet convenu au préalable entre le candidat et l’inspecteur compétent membre du jury, en concertation avec le chef d’établissement ;
  • un entretien avec les deux examinateurs qualifiés (IA-IPR de la discipline du candidat, enseignant de l’Inspé).

2. Précisons le cadre ou le type de formations possibles

D’après les textes, cette action de formation peut être « pédagogique ou éducativedisciplinaire, interdisciplinaire, inter cycles – à l’échelle d’un établissement, d’un district ou d’un bassin d’éducation et de formation (FIL)« . Ce qui laisse une certaine marge de manœuvre et de choix au candidat. « Toute formation peut être utilisée, aussi bien en présentiel qu’à distance, avec des publics variés, qui peuvent être volontaires ou bien désignés par le chef d’établissement dans le cas d’une formation interne à l’établissement ou au bassin de formation ». 

Point de vigilance
Ce dernier élément doit être pris en compte car, selon le public (désigné ou volontaire), la conception de l’ingénierie de formation mérite d’être bien réfléchie, tant dans son contenu que dans sa forme (son déroulement). 

Pour ma part, j’avais retenu une formation en présentiel inscrite conjointement aux PAF UNI (Usage du Numérique Innovant) et DOI (Documentation), auprès d’un public volontaire du 2nd degré, toutes disciplines confondues ; formation qu’il a fallu adapter en distanciel du fait de la situation sanitaire et de l’annulation de l’ensemble des formations en présentiel l’année scolaire passée. J’ai dû remodeler intégralement le contenu, le déroulé de la formation de 6h au départ, pour l’adapter à un format distanciel de 2h, et trouver/convenir d’une autre date avec les examinateurs, dans le cadre de l’évaluation pour le Caffa. 

3. Durée de l’action de formation

Ce qui correspond à la première phase de l’épreuve, soit l’observation par les examinateurs du candidat, lors de l’animation de son action de formation. La durée est balisée : de 60 à 90 minutes. Ce temps peut se situer à n’importe quel moment de la formation, mais il doit être pensé et réfléchi. Que souhaitez vous montrer, donner à voir ? Sur quel moment de la formation souhaitez vous être évalué ? Ce temps formatif doit être pertinent au regard des attendus de l’épreuve et prendre en compte les critères mentionnés en point 4.

Point de vigilance
Ce temps d’observation est étroitement lié à la disponibilité des deux examinateurs. L’entretien de 30 minutes a lieu immédiatement après l’animation de l’action de formation. Contrairement à l’analyse de pratique, il n’y a pas ce temps de quinze minutes après l’animation pour se préparer à l’entretien avec les examinateurs. Vous devrez définir avec votre IA-IPR le moment où les examinateurs seront présents, de manière à bien intégrer ce temps dans la formation des stagiaires. Vous pouvez les informer du contenu de la formation pour éviter toute surprise.

J’avais ajouté les examinateurs au parcours M@gistère de manière à leur donner une vision globale, complète et progressive de la formation hybride, et communiqué tout document que j’ai jugé utile, en amont de l’épreuve.

4. L’entretien avec les examinateurs

Quelles compétences sont évaluées ?

L’entretien avec les examinateurs vise à évaluer la capacité du candidat à concevoir, organiser et animer une action ancrée dans une problématique professionnelle. 

Une analyse réflexive et distanciée à chaud

L’entretien peut commencer par un premier temps d’analyse de sa formation par le candidat, au regard du référentiel de compétences du formateur. Dans cette épreuve, ce sont les compétences de conception et d’animation qui sont évaluées en priorité par le jury. L’ « analyse distanciée de l’action de formation » est évaluée au même titre que les autres domaines : « concevoir » et « animer ».

L’accompagnement du collectif est également pris en compte, comme d’autres compétences (« observer » et « évaluer ») qui vont être mobilisées par l’animateur durant sa formation.

La circulaire du 21 juillet 2015 apporte des précisions :

  • Le candidat inscrit son action de formation dans le cadre des situations professionnelles et attendus institutionnels liés au contexte d’exercice ;
  • Il propose des outils, des démarches et des supports didactiques et pédagogiques de qualité et utiles ;
  • Il met en œuvre les techniques d’animation propices à une réception efficace ;
  • Il anime, régule et recentre les échanges en permettant la circulation de la parole de manière à faire avancer le traitement de la problématique travaillée ;
  • Il propose des prolongements possibles.

Ces éléments constituent les points saillants sur lesquels vous devez vous appuyer pour préparer cette épreuve, et par conséquent à ancrer dans votre formation. Vous devez être en mesure de :

  • préciser le contexte de la formation et sa finalité (qui, quand, pourquoi,) ,
  • préciser le cadre pédagogique de la foration (comment) : conception du scénario, définition des objectifs et des compétences professionnelles à développer, présenter les démarches d’apprentissages retenues, justifier la qualité et la pertinence des contenus abordés, comment vous « outillez » les stagiaires (pendant et après la formation), comment vous liez théorie et pratique,
  • expliquer vos qualités en tant qu’animateur ou co animateur d’un groupe, comment vous gérez l’individu et le collectif, notamment par le biais de différentes techniques d’animation.
  • vous projeter : quelles suites données après la formation ? Quelles évolutions et améliorations possibles ?
Point de vigilance
Lors des épreuves, il est attendu du candidat qu’il fasse usage des outils numériques pertinents en lien avec les activités présentées et démontre sa capacité à les utiliser à bon escient.

5. Outillage pour préparer l’épreuve et l’entretien avec le jury

Consulter les rapports de jury

Synthèse des rapports de jury disponibles sur la page Caffa de l’académie de Besançon

En 2016-2017
S’appuyer sur le référentiel des compétences du formateur afin de formaliser les modalités de l’intervention auprès des stagiaires.

En 2017-2018
 – Le choix 2 « l’animation d’une action de formation » : le jury recommande de s’appuyer sur le référentiel de compétences du formateur ainsi que la grille d’évaluation critériée des épreuves d’admission de manière à avoir interroger au préalable l’ensemble des paramètres au regard des choix opérationnels effectués par le candidat dans le cadre de la formation. Questionner la formalisation et la conception des contenus de la formation et son adaptation au public, justifier les choix des modalités d’intervention et régulation auprès des stagiaires, être en capacité d’envisager les perspectives d’amélioration de l’action de formation constituent un caractère particulièrement important pour engager un échange professionnel au cours de l’entretien constructif, étayé et référencé.
 
En 2018-2019
– S’appuyer sur le référentiel des compétences du formateur afin de formaliser les modalités de l’intervention auprès des stagiaires […].

Denis Loizon dans son ouvrage Formateur académique. Un nouveau métier, propose un panel de questions – en relation avec les compétences évaluées – pouvant être posées par les examinateurs.

Les documents qui accompagneront et guideront votre épreuve :

Il croise les compétences du référentiel du formateur avec les questions issues de l’ouvrage de Denis Loizon, et vise à préparer un argumentaire en amont de l’entretien.

6. En conclusion

A titre d’exemple, je vous propose la trame qui m’a permise de préparer mon épreuve de pratique professionnelle en date du 5 février 2021. Rien de modélisant ni de prescriptif, tout est perfectible. Il s’agit d’un tableau de synthèse offrant une vision globale du module, dans lequel sont identifiées des limites et leurs possibles remédiations.

L’action de formation a donc eu lieu en distanciel, mais initialement prévue en présentiel en novembre 2020, et sur une journée de 6h. J’avais d’ailleurs préparé le scénario, les supports, les activité et l’épreuve dans son ensemble. Tout était prêt pour le jour J !

Changement de programme…adaptation des formations en distanciel, il m’a fallu repenser intégralement la formation pour tenir dans un format de deux heures, redéfinir les objectifs de départ, cadrer au millimètre le déroulé de la formation, prévoir des activités plus courtes, concevoir d’autres supports de présentation, et anticiper au maximum les aléas techniques de la classe virtuelle. En ce sens, la coanimation s’est révélée d’une aide précieuse pour me permettre de répondre aux questions des examinateurs dans le chat des animateurs notamment. L’animation a été énergivore, car il faut être vif et vigilant à plusieurs niveaux. Les examinateurs sont restés les deux heures. Pour les questions au cours de l’entretien, j’en ai oublié l’essentiel ! Elles ont été ponctuées de remarques, d’échanges pour améliorer ma pratique de formateur. J’ai le souvenir d’une question sur comment différencier avec l’outil numérique. Pas de questions pièges, et pourtant, un sentiment très mitigé une fois l’entretien terminé.

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Bien débuter l’admission du CAFFA

Mercredi 8 juin 2022, avec ma collègue formatrice en charge de l’admissibilité et mon binôme de formation de l’admission, nous avons animé un module à destination des candidats admissibles au CAFFA.

Cette matinée a surtout été l’occasion d’établir des échanges et d’initier des partages d’expérience entre admissibles et admis, mais aussi de dresser un bilan de la phase d’admissibilité et d’élaborer une synthèse des « bons conseils » délivrés par les candidats admis et l’équipe de formateurs.

Vous trouverez ci-dessous le diaporama de présentation du module. Les deux épreuves de l’admission y sont présentées de manière générale ou dans les grandes lignes, un parcours hybride étant proposé dès l’automne aux candidats. Chacune des épreuves fera l’objet d’un ou plusieurs temps formatifs spécifiques dans le cadre de l’EAFC.

Nous leur avons également signalé la parution de l’ouvrage de Marie Gaucher « Devenir formateur d’enseignants » publié aux éditions ESF Sciences Humaines, en complément de l’ouvrage de Denis Loizon (Réseau Canopé).

Les deux verbes d’action ou expressions qui résument cette matinée de formation : « anticiper » et « faire des choix ».

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Caffa : les épreuves de l’admission

La phase d’admissibilité passée, vous vous inscrivez pour passer l’admission l’année suivante. Dans l’académie de Besançon, l’inscription s’opère via Pratic + et le widget CAFFA candidat, ou encore depuis la page du site académique dédiée. L inscription est ouverte dès mois de septembre.

1. Les textes de référence

La page Eduscol Certificat d’aptitude aux fonctions de formateurs académiques recense l’essentiel pour le Caffa, que ce soit l’arrêté et la circulaire des 20 et 21 juillet 2015 et les décrets relatifs aux conditions de nomination des personnels enseignants du second degré et des conseillers principaux d’éducation aux fonctions de formateur académique, et à la fonction de formateur académique exercée par des personnels enseignants ou d’éducation du second degré.

La circulaire précise l’organisation de l’examen et la nature des épreuves de la certification aux fonctions de formateur académique (structure de l’examen, nature des épreuves, les composition et fonctionnement du jury, les conditions d’inscriptions, les modalités d’organisation).

A la suite de quoi figurent les annexes 1 et 2 : Référentiel de compétences professionnelles du formateur de personnels enseignants et éducatifs et la synthèse des compétences du candidat.

Sans oublier la page académique, dont les rapports de jury

2. La nature des épreuves

L’admission comporte deux épreuves :

  • une épreuve de pratique professionnelle suivie d’un entretien ;
  • un mémoire professionnel et sa soutenance.

Ces épreuves permettent au jury de « se prononcer sur la maîtrise des compétences professionnelles attendues d’un formateur de personnels enseignants et éducatifs au regard des critères retenus (tels que précisés en annexe)« . Les candidats ayant choisi une certification avec option présentent obligatoirement l’épreuve de pratique professionnelle dans le cadre de l’option choisie : CAFFA enseignement / CAFFA numérique.

a) Les épreuves de pratique professionnelle

L’épreuve consiste, au choix du candidat, soit en :

  • une analyse de séance d’enseignement dans le cadre de l’accompagnement tel que défini dans l’article 5 de l’arrêté,
  • soit en l’animation d’une action de formation.

Dans les deux cas, l’épreuve se déroule en présence des deux examinateurs qualifiés, adjoints au jury (cf. Jury 1- Composition) : IPR, enseignant chercheur à l’Inspé. Durée : 60 à 90 minutes + 30 minutes d’entretien. Selon les académies, ce choix doit être préciser selon une date butoir à la DEC ou pour l’académie de Besançon, depuis le widget.

Article 5 – Les candidats déclarés admissibles suivent un cursus accompagné. Ce cursus comprend notamment des modules de méthodologie et d’initiation à la recherche. Ces modules peuvent, dans des conditions fixées par convention entre le recteur d’académie et le directeur de l’école supérieure du professorat et de l’éducation ou leurs représentants, donner lieu à la délivrance d’unités d’enseignement capitalisables et transférables du système européen, dit « système européen de crédits – ECTS » mentionné à l’article D. 123-13 du code de l’éducation, et, le cas échéant, à l’inscription dans des modules du master « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation, mention pratiques et ingénierie de la formation ».

Les candidats peuvent se voir confier le tutorat d’un professeur stagiaire, d’un conseiller principal d’éducation stagiaire ou d’un étudiant inscrit en master « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation ».

« A défaut du tutorat tel que défini ci-dessus, les candidats peuvent se voir confier des actions ponctuelles de tutorat. Pour les candidats qui, n’ont jamais exercé de telles missions au cours de leur carrière, elles sont obligatoires. Les candidats déclarés admissibles se forment en accédant aux ressources et aux formations spécifiques proposées en académie et, le cas échéant, par l’école supérieure du professorat« .

b) Le mémoire professionnel et sa soutenance

Cette épreuve mobilise le jury auquel sont adjoints les deux examinateurs qualifiés, tant pour la lecture du mémoire que pour la soutenance.

  • Le mémoire professionnel

Le mémoire professionnel, de 20 à 30 pages hors annexes, est un travail de réflexion personnelle portant sur une problématique d’accompagnement ou de formation. Il consiste en une étude de situation centrée sur une question professionnelle articulant savoirs et expériences. Il implique un engagement personnel du candidat pour réfléchir à sa pratique et l’améliorer.

Destiné à renseigner le jury sur les capacités du candidat à observer, s’informer, analyser sa pratique pour la faire progresser et communiquer par écrit, le mémoire constitue également un élément essentiel de la formation du candidat et de son développement professionnel.

Il vise à évaluer sa capacité à :

établir une problématique fondée sur un questionnement professionnel en relation avec une situation d’accompagnement ou de formation ;

– formuler des objectifs spécifiques pour traiter un problème et élaborer des hypothèses opérationnelles ;

– mettre en œuvre une démarche d’expérimentation s’appuyant sur une méthodologie rigoureuse, outillée par la recherche (observation, questionnaire, outils d’analyse, indicateurs pertinents) ;

– proposer une stratégie d’action d’accompagnement ou de formation ;

– faire état par écrit de la réflexion conduite.

  • La soutenance

Le candidat présente son mémoire professionnel (15 minutes) puis échange avec le jury (30 minutes).

Le jury apprécie la capacité du candidat à :

– se confronter à un problème, le constituer en objet d’étude et mettre en œuvre un dispositif expérimental bénéfique à l’amélioration des pratiques ;

– analyser sa pratique dans une confrontation d’expériences avec des pairs et d’autres professionnels ;

– discuter du fondement des hypothèses retenues ;

– relater la mise en œuvre d’un dispositif d’action, analyser ses difficultés, ses réussites et les évolutions professionnelles induites, envisager des prolongements.

3. La composition et le fonctionnement du jury

Le jury se réunit avant le début de la session d’examen afin d’harmoniser les critères d’évaluation retenus. Pour les épreuves d’admission, deux examinateurs qualifiés sont adjoints au jury. À l’issue des épreuves d’admission, le jury dresse la liste des candidats déclarés admis par ordre alphabétique.

4. L’évaluation

Les différentes épreuves permettent d’évaluer les compétences attendues d’un formateur dans les quatre domaines sur lesquels se fonde la certification :

  • Penser, concevoir, élaborer ;
  • Mettre en œuvre, animer, communiquer ;
  • Accompagner ;
  • Observer, analyser, évaluer.

Pour renseigner ces quatre domaines de compétence, le jury s’appuie sur la grille d’évaluation critériée (voir l’annexe 2), laquelle formule les critères observables dans chacune des épreuves et fixe quatre niveaux :

1 – Très insuffisant

2 – Insuffisant

3 – Satisfaisant

4 – Très satisfaisant

L’évaluation des compétences démontrées dans l’ensemble des épreuves se traduit par une note chiffrée sur 20. Sont déclarés admis les candidats ayant obtenu au moins 12 sur 20 et la moyenne dans chaque domaine de compétence évalué.

Le recteur délivre le certificat d’aptitude aux fonctions de formateur académique portant mention du champ professionnel du candidat.

Dans un but de simplification administrative, le recteur établit un arrêté global d’admission au certificat d’aptitude aux fonctions de formateur académique. L’extrait de l’arrêté d’admission adressé à chaque candidat admis tient lieu de certificat.

Les rapports de jury et la grille d’évaluation critériée sont deux docs à conserver près de soi au fil des épreuve.

5. Admissibilité lors d’une précédente session

Il est rappelé que, conformément aux dispositions de l’article 9 de l’arrêté du 20 juillet 2015, les candidats ayant été déclarés admissibles lors d’une session de l’examen du certificat d’aptitude aux fonctions de formateur académique gardent le bénéfice de cette admissibilité pour deux nouvelles sessions de l’examen.
Il n’est pas nécessaire que ces deux sessions suivent immédiatement celle à laquelle le candidat a été déclaré admissible. Le candidat dispose d’un délai de quatre ans après la fin de cette session pour se présenter, jusqu’à deux fois, aux seules épreuves d’admission de l’examen, y compris en cas de changement d’académie. Les candidats doivent présenter un document signé par le recteur, président du jury, attestant qu’ils ont été admissibles à l’examen du certificat d’aptitude aux fonctions de formateur académique.
Dans ce document, il est précisé que le candidat :
– n’a pas encore subi les épreuves d’admission ;
– a déjà subi ces épreuves (en indiquant la session).
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L’admissibilité du CAFFA

Ce article vise à présenter l’épreuve d’amissibilité du CAFFA et à partager mon expérience ; au mieux, délivrer quelques conseils pour vous accompagner dans cette certification.

J’ai présenté et obtenu l’admissibilité au cours de l’année 2020, après une première tentative infructueuse en 2016. Ma pratique dans le champ de la formation et/ou de l’accompagnement était insuffisante à l’époque. Suite à ce refus, j’ai demandé la grille d’évaluation de l’épreuve de manière à pouvoir formaliser les compétences à développer. Une pause (nécessaire) de quatre ans m’a permis d’acquérir de l’expérience, de me professionnaliser davantage par le biais de la formation continue, de l’auto-formation (Mooc), de mes lectures, et ainsi asseoir progressivement cette posture de formateur (toujours en développement). En septembre 2019, je retente la certification et m’inscris à l’admissibilité pour la session 2020.

1. Présentation générale de l’épreuve d’admissibilité

« La présente certification vise à inscrire le candidat dans un cursus accompagné lui permettant en deux ans une appropriation progressive des enjeux et des compétences liées aux fonctions de formateur, en le préparant, en exercice, aux attendus de l’examen. Au cours de la première année, le candidat se déclare et prépare l’épreuve d’admissibilité. Au cours de la seconde année, il se constitue une expertise et se prépare aux épreuves d’admission en s’inscrivant aux différents modules prévus dans le cadre du plan académique de formation » (source : Certificat d’aptitude aux fonctions de formateur. Eduscol. MAJ : mai 2021).

Le CAFFA s’obtient en deux ans. La première année, le candidat passe une épreuve d’admissibilité. S’il est déclaré admissible, il pourra passer les deux épreuves d’admission lors de la session suivante.

Les textes de références

La nature de l’épreuve d’admissibilité

Elle consiste en un entretien avec le jury s’appuyant sur un dossier fourni par le candidat, et comprenant :

  • un rapport d’activité de cinq pages maximum (hors annexes). La page de garde est à télécharger sur la page Caffa de votre académie,
  • le document à compléter et mentionnant les états de service du candidat. Lors de l’inscription et de la constitution du dossier, les candidats doivent justifier d’au moins cinq années de services accomplis en qualité de professeur du 2nd degré ou de CPE titulaire ou non,
  • les rapports d’inspection et/ou les comptes-rendus des rendez-vous de carrière dans le cadre du PPCR.

L’entretien débute par un exposé de 15 minutes réalisé par le candidat. Ce temps est suivi d’un échange de 30 minutes avec le jury.

Les modalités d’inscription, d’organisation et de préparation

Concernant les conditions d’inscription, d’envoi du dossier, rendez-vous sur Eduscol et sur la page CAFFA de votre académie.

Dans le cadre de la préparation, nous avons bénéficié de trois modules de formation de 6h :

  • un premier module présentant le Caffa, l’ensemble des épreuves et l’admissibilité en particulier,
  • une deuxième journée au cours de laquelle nous avons avancé sur/ finalisé nos rapports d’activité. Chaque rapport a été lu par la formatrice. Des conseils ont été prodigués tant sur la forme que sur le fond,
  • un dernier module « oraux blancs » relatif à l’exposé de 15 minutes.

A savoir

Conformément aux dispositions de l’article 9 de l’arrêté du 20 juillet 2015, les candidats ayant été déclarés admissibles lors d’une session de l’examen du certificat d’aptitude aux fonctions de formateur académique gardent le bénéfice de cette admissibilité pour deux nouvelles sessions de l’examen. Vous disposez d’un délai de quatre ans après la fin de cette session pour vous présenter, jusqu’à deux fois, aux épreuves d’admission (paragraphe 3.f. Admissibilité lors d’une précédente session, circulaire n° 2015-110 du 21-7-2015).

Les compétences évaluées par le jury

« L’examen du rapport d’activité doit permettre d’apprécier :

  • la capacité du candidat à se présenter en dégageant les lignes de force de son parcours ;
  • sa capacité à s’adapter à une diversité de publics, à des contextes scolaires et éducatifs variés ;
  • son implication dans la vie de sa discipline ou spécialité dans des projets éducatifs à l’échelle de l’établissement, du district, du bassin de formation ;
  • sa participation à des actions de formation et son intérêt pour la formation.

L’entretien avec le jury a pour objet d’apprécier :

  • la motivation du candidat à devenir formateur,
  • son expertise professionnelle,
  • sa réflexion didactique, pédagogique et éducative,
  • sa capacité à communiquer avec d’autres professionnels de l’enseignement et de la formation.

Il vise à évaluer la capacité d’analyse du candidat sur ses propres pratiques. Il permet également d’apprécier son investissement dans le projet d’établissement ainsi que sa connaissance de l’environnement social et culturel de celui-ci (extrait de la circulaire n° 2013-110 du 21 juillet 2015) ».

Les critères et la grille d’évaluation ci-dessous émanent du rapport de jury 2018-2019 de l’académie de Besançon :

  • Motivation du candidat et projet professionnel,
  • Expertise professionnelle : socle, programmes, démarches pédagogiques, connaissance du
    système éducatif, de l’actualité pédagogique, connaissance dans le champ numérique,
  • Réflexion didactique, pédagogique et éducative,
  • Capacité d’analyse du candidat sur ses propres pratiques,
  • Capacité à communiquer avec d’autres professionnels de l’enseignement et de la formation,
  • Capacité à s’exprimer oralement, à écouter, comprendre les questions.
Extrait du rapport du jury 2018-2019 de l’académie de Besançon

2. Rédiger le rapport d’activité

« Cinq pages ? Ca va aller ». Et bien, ce n’est pas si évident. Ce travail d’introspection demande réflexion et il n’est pas si aisé de présenter son parcours professionnel dans le champ de la formation et/ou de l’accompagnement, que l’on soit futur ou jeune formateur, ou encore formateur aguerri. La rédaction de ces cinq pages reste un exercice difficile.

D’après la circulaire, « le rapport d’activité consiste en la présentation par le candidat de son itinéraire professionnel, lequel s’attache à présenter une expérience professionnelle significative, notamment dans le champ de l’accompagnement et de la formation. Ce rapport peut comporter en annexe, tout document, y compris audiovisuel, à même d’éclairer cette activité ».

Quelques conseils au préalable

Finalité

Il s’agit de présenter votre itinéraire professionnel et surtout votre parcours de formation en lien avec le métier de formateur académique. Seront évaluées votre expertise professionnelle (voir les éléments de la grille) et votre motivation à devenir formateur.

Interrogez-vous

En quoi votre parcours a-t-il permis le développement de compétences inscrites dans le référentiel du formateur académique ? Choisissez des expériences qui vous ont amené à devenir formateur, au fil de vos questionnements professionnels issus de situations de classe, ou de réflexions construites en formation en tant que stagiaire ou formateur. Quelles compétences décrites dans le référentiel peuvent être significatives au regard de votre expérience ?

Ne pas tomber dans la caricature d’un catalogue d’actions conduites ou de formations suivies

On ne vous demande pas de rédiger une lettre de motivation ou un CV. Votre rapport doit montrer une logique dans sa construction, un cheminement professionnel au regard de vos expériences. Exposez cette articulation, faites des liens entre ces différentes actions.

Ne vous lancez pas à corps perdu dans la rédaction

Faites le point par écrit, à la manière d’un bilan d’expérience. Il vous faudra faire des choix du fait de cette limitation en termes de nombre de pages. Surtout, centrez-vous sur ce qui permet de répondre aux attendus de l’épreuve, et faites régulièrement écho au référentiel.

Choisir un thème pour l’expérience significative

Vous décrirez votre expérience significative en parallèle des quatre domaines de compétences du formateur :

  • Penser, concevoir, élaborer ;
  • Mettre en œuvre, animer ;
  • Accompagner l’individu et le collectif ;
  • Observer, analyser, évaluer.

Cette expérience significative doit mettre en avant des compétences de conception, de réalisation, de communication et d’analyse de sa pratique, qui seront évaluées à la lecture du rapport et à sa présentation lors de l’entretien avec le jury.

Source de la citation : Loizon, Denis. Formateur académique : un nouveau métier. Réseau Canopé, 2019. p.95

Les documents à avoir sous la main au fil de la rédaction

Trois documents à avoir à disposition lors de la préparation de cette épreuve, et pour lesquels il est indispensable de se référer :

  • le référentiel de compétences professionnelles du formateur de personnels enseignants et éducatifs,
  • la grille d’évaluation de l’épreuve d’admissibilité,
  • les rapports de jury académiques, offrant de précieux conseils.

Quel plan pour le rapport d’activité ?

Il n’existe pas de consignes ou règles en la matière. Denis Loizon, dans son ouvrage Formateur académique : un nouveau métier, propose un exemple de plan en page 94, sur lequel vous pouvez vous appuyer.

Pour mon rapport d’activité de cinq pages (hors page de garde), j’ai adopté la progression suivante :

  • une introduction dans laquelle je me présente rapidement, soit ma titularisation en 200X et l’occupation de mon poste actuel. J’expose la variété des publics accueillis au CDI et formés dans le cadre de mes missions de professeur documentaliste. « Un éventail de publics et une diversité qui font la richesse du métier de professeur documentaliste et démultiplient les possibilités de collaboration avec les enseignants de discipline ».

Premier écueil à éviter : votre biographie. Soyer bref et restez concis. De toute façon, le jury dispose de la page de garde vous présentant plus précisément. Enfin, quel ton souhaitez-vous donner à ce premier paragraphe lu par le jury ? J’ai choisi ici de faire référence au critère : « la capacité du candidat à s’adapter à une diversité de publics, à des contextes scolaires et éducatifs variés ».

  • « Parallèlement à mes activités d’enseignement ». J’en arrive à mes premières animations de formation et ma présentation à l’admissibilité en 2016. Mon intention est de montrer mon intérêt pour la formation et l’accompagnement. Une tentative qui n’aboutira pas certes, mais qui permettra une réflexion et un engagement à me former davantage. « Une prise de recul et une distanciation furent nécessaires pour envisager la suite et aborder sereinement cette professionnalisation ».

Ce paragraphe me permet de faire le lien avec la fin de mon introduction.

  • « Aujourd’huib». Je témoigne de la construction progressive de mon parcours professionnel de jeune formatrice, comment celui-ci s’est bâti et j’annonce le thème de mon expérience significative, en soulignant toutefois le caractère transversal de mes actions de formation.

Ce paragraphe vise à montrer mon « implication dans la vie de ma discipline », également une diversité d’actions ; points sur lesquels je reviendrai au fil du rapport.

  • Ma seconde partie intitulée « Parcours professionnel » s’échelonne sur presque deux pages. De manière chronologique et constructive, je fais état de mes premières expériences de formation à l’échelle de mon établissement scolaire (collège) via la mission de RUPN (« Pauses numériques »). Ces années ont permis l’acquisition de connaissances et compétences dans le domaine du numérique éducatif, en appui des formations suivies. « Ces temps courts et internes à l’établissement s’adressent à tous les enseignants, CPE, AED. J’ai ainsi présenté un geste ou une modalité pédagogique, des outils et des ressources associées ». Je poursuis avec la mission de coordinatrice de réseau des professeurs documentalistes. J’élargis le champ d’action à l’échelle d’un bassin de formation, puis je fais des focus sur des animations dispensées au niveau académique et hors-académique, pour aboutir à la proposition d’une action de formation inscrite au PAF. Je précise également mon intégration à divers groupes de travail/réflexion, en lien ou non avec mon expérience significative.

J’ai procédé à la manière d’un entonnoir pour décrire des expériences à l’échelle de l’établissement, puis d’un bassin, et tendre progressivement vers la mission de formateur académique, tout en soulignant l’importance du collectif.

La troisième partie (une page) décrit mon expérience significative dont l’objet est un module de formation inscrit au PAF. J’ analyse le dispositif pour mettre en relief les évolutions opérées et les améliorations à penser. Cette formation est dispensée et reconduite depuis deux années. Il s’agit notamment de faire écho aux compétences développées dans le référentiel et aux changements induits dans la posture de formateur.

  • Une conclusion me permet de faire un bilan à l’instant T de mon parcours professionnel. J’évoque mon intérêt pour la formation, mes motivations à devenir formatrice, mes questionnements et perspectives pour l’année en cours, ma volonté de poursuivre la réflexion engagée et décrite précédemment, les compétences à développer et mon inscription au module Formation de formateurs : ingénierie de formation-ingénierie pédagogique.

La conclusion constitue un dernier état des lieux de mon parcours et propose une ouverture. Mon parcours de formation est distillé au fil du rapport, de manière à illustrer les missions et expériences professionnelles évoquées. J’ai fait le choix de ne pas y consacrer une partie spécifique, pour éviter de lister les formations suivies, et au contraire montrer la pertinence des stages suivis au regard de mon parcours.

Pas de consignes particulières. J’ai rédigé mon rapport d’activité avec la police Times new roman, taille 12, marges 2,5.

Les annexes

Celles-ci doivent être pertinentes en fonction des éléments énoncés, servir d’exemple et soutenir votre rapport d’activité. Difficile là aussi de faire des choix. Aujourd’hui, j’allègerais pour me limiter strictement aux annexes apportant une réelle plus-value.

Quatre annexes composaient mon dossier :

  • Annexe 1 : mission de RUPN
  • Annexe 2 : cahier des charges du module décrit dans l’expérience significative
  • Annexes 3 et 4 : feuille de route d’une formation dispensée dans le cadre de la Réforme du lycée, et support de présentation associé.

En guide de conclusion

De votre parcours professionnel et ô combien personnel, tentez d’établir des connexions entre vos différentes expériences. L’objectif est de réaliser une présentation de votre itinéraire professionnel, non pas dans sa globalité, mais dans sa particularité et singularité, et de montrer ce qui vous définit en tant que futur formateur ou formateur en voie de certification.

3. L’exposé

Si l’exposé de 15 minutes ne doit pas être une redite du rapport d’activité, il met en lumière les points saillants du rapport. Le jury a réalisé plusieurs lectures selon le nombre de candidats, et ces rappels sont bienvenus. L’exposé peut se faire avec ou sans support de présentation type diaporama. J’avais fait le choix d’accompagner mon exposé d’un support créé avec Genially (également téléchargé en pdf par prudence).

Dans l’idéal, et au fur et à mesure de la rédaction de votre rapport d’activité, notez sur une feuille libre des éléments à garder sous la main pour les développer lors de l’exposé.

A titre d’exemple, mon exposé comprenait :

  • une introduction : présentation, les raisons de mon inscription à cette épreuve, annonce du plan de l’exposé,
  • partie 1 : les dates clés de mon itinéraire professionnel. Je développe davantage les éléments évoqués dans le rapport, de manière chronologique et en soulignant les apports en termes de connaissances et compétences développées,
  • partie 2 : je reviens sur deux expériences significatives au regard des quatre domaines de compétences du référentiel. Concernant le module inscrit au PAF, j’apporte des éléments nouveaux suite au rapport, en me focalisant sur l’ « accompagnement de l’individu et du collectif ». J’évoque une réflexion sur l’évolution du module actuel en parcours hybride. Je fais un point « nouveau » sur les formations en cours, dont la réforme du lycée et une formation à destination des CPE et professeurs documentalistes à l’échelle d’un bassin de formation.
  • conclusion : mes perspectives/ attentes / besoins. Ce que le Caffa peut m’apporter en termes de professionnalisation, de développement de compétences, dans le cadre de la formation de formateurs notamment.

Lors de la préparation à l’épreuve d’admissibilité, nous avons pu bénéficier d’une journée « oraux blancs », très formatrice, complétée par nos entraînements personnels. Un point de vigilance : le jury veille au respect du temps d’exposé.

4. L’entretien avec le jury

Il s’agira pour vous de convaincre le jury que vous êtes fait pour la fonction de formateur académique. Pour cela, il est nécessaire d’avoir anticipé quelques questions fondamentales sur le métier de formateur, sur son évolution et sur les fonctions que vous pouvez être à même de remplir en tant que formateur académique.

Source de la citation : Loizon, Denis. Formateur académique : un nouveau métier. Réseau Canopé, 2019. p.97

Ce temps d’échange de trente minutes consécutif à l’exposé mérite d’être préparé, même s’il est difficile de tout prévoir et anticiper. Il permet au jury d’apprécier :

  • votre réflexion didactique, pédagogique et éducative,
  • votre capacité à communiquer avec d’autres professionnels de l’enseignement et de la formation,
  • d’évaluer votre capacité d’analyse sur vos propres pratiques,
  • votre investissement dans le projet d’établissement et la connaissance de l’environnement social et culturel de celui-ci.

Le jury peut revenir sur certains éléments abordés durant votre exposé, vous demander d’approfondir et préciser votre réflexion, d’aller plus loin. Il y aura vos perches tendues, pour lesquelles le jury ricochera…ou pas. Il y aura aussi ces « autres » questions dont le champ peut être très vaste. A ce titre, une veille sur l’actualité éducative et pédagogique permettra une mise à jour de vos connaissances, et démontrera votre intérêt quant à l’ actualisation de vos connaissances.

Pour préparer cet entretien, j’ai élaboré un tableau reprenant les questions susceptibles d’être posées le jour J et listées dans l’ouvrage de Denis Loizon. Ont été ajoutées les questions figurant dans les rapports de jury. J’ai tenté d’imaginer celles pouvant m’être posées suite à la lecture de mon rapport. Enfin, un dernier conseil pour bien préparer cet entretien, appuyez-vous sur les conclusions des rapports de jury et faites-en une synthèse type check-list.

A vrai dire, je ne souviens plus des questions posées lors de l’entretien, je peux toutefois témoigner sur le fait qu’il faudra vous faire confiance. Vous ne pourrez en effet balayer l’ensemble des lectures aussi intéressantes soient-elles, stockées dans votre cloud ou enregistrées dans Pocket.

Côté ressentiment après l’épreuve, le jury ne laisse rien transparaître. Il a fallu patienter jusqu’à la publication des résultats.

Pour finir

J’ai fait le choix de ne pas partager mon rapport d’activité pour plusieurs raisons :

– La première : je cite plusieurs personnes, des collègues, et cette démarche me gêne particulièrement.

– La seconde : lors de la rédaction du rapport, je m’étais interdit d’aller voir ce que d’autres avaient fait pour éviter d’être « imprégnée » ; et sûrement par crainte d’être découragée, de ne pas arriver à valoriser mon propre parcours.

– La troisième : la rédaction du rapport d’activité se veut une démarche très personnelle. Il n’existe pas de bonnes manières de faire. Chaque rapport d’activité est unique.

Quelques ressources à consulter

Loizon, Denis. Formateur académique : un nouveau métier. Réseau Canopé, 2019. 127p. ISBN : 978-2-24004-461-7

Centre Alain-Savary. Concevoir des formations pour aider les enseignants à faire réussir tous les élèves, dossier de l’IFE, ENS de Lyon. Version 7, octobre 2019

Waterloo P. La bibliothèque idéale du formateur débutant, 20 août 2017. [En ligne] Disponible sur : http://philippe-watrelot.blogspot.com/2017/08/la-bibliotheque-ideale-du-formateur.html

Source des images : https://undraw.co/

Publié dans CDI, Ludification

Créer une ludothèque au CDI

Au sein des bibliothèques et médiathèques fleurissent désormais des ludothèques d’exception, à rendre jaloux plus d’un joueur de jeux de société ou tout « ludoaddict » avéré.

L’année dernière, lors de la restructuration du CDI du lycée, une réflexion a été conduite sur la création d’une ludothèque, non pas par effet de mode – cette approche avait d’ores et déjà été amorcée dans mon établissement précédent (un collège en zone rural) – mais dans une optique de continuité et en guise d’expérimentation. En effet, d’après mes observations et échanges avec des collègues professeurs documentalistes, le jeu de manière générale est moins présent en lycée.

Le covid est arrivé et le projet de ludothèque mis en carafe, avant d’être repris, officialisé et concrétisé en mars 2022.

Cette série d’articles s’intéresse à la place du jeu au CDI et au rôle du professeur documentaliste dans la création, la gestion, la promotion et la valorisation d’un fonds ludique, en s’appuyant sur l’expérience entreprise dans mon lycée.

En route pour le premier épisode.

Titre repris et extrait du webinaire « Le professeur documentaliste et le jeu au CDI »

[épisode 1 : pour une ludothèque bien pensée et réfléchie]

  1. Le point de départ ou l’heure des constats

Il faut bien partir de quelque chose pour tendre vers

Au lycée, les jeux de société sont uniquement accessibles au foyer des élèves et à l’internat ; délaissés pour la majorité d’entre eux car détériorés ou avec des éléments manquants. Certains sont jugés trop classiques… Bref, rien de très vendeur pour les élèves. Le jeu perd de son attractivité, et pourtant ce n’est pas l’envie de jouer qui leur manque. Les lycéens ont de vraies attentes.

A mon arrivée en septembre 2018, il n’y avait pas l’ombre d’un jeu de cartes au CDI. La place du jeu en lycée serait alors réduite à une activité de loisir, attribuée à des lieux de vie spécifiques et exclusivement réservée aux temps extra-scolaires ?

Au foyer tu joueras

Dans mon établissement d’exercice précédent, un fonds de jeux dit pédagogiques avait été acheté en concertation avec les collègues dans le cadre de l’accompagnement personnalisé (maths-français-anglais). Pas de boîtes de jeux de société à l’horizon, mais l’émergence de situations pédagogiques incluant le jeu. Nous avions même fait créer un Time’s Up grandeur nature aux élèves de sixième, en guise de révision de fin d’année.

Une fois les années « collège » terminées, serait-il devenu inopportun de jouer ? Le jeu de société serait-il une activité ringarde, dédiée au cadre intra-familial et à la sphère amicale ? J’ai voulu en avoir le cœur net et surtout (re)mettre le jeu au centre des échanges, (re)créer du lien après ces deux années en dents de scie, susciter de la curiosité chez les élèves, et voir s’il est possible de les débrancher momentanément de leur portable aussi.

2. Des mises en œuvre timides en établissement

La pratique régulière commence seulement à être considérée comme un outil d’accueil et de formation à l’autonomie de l’élève. Déjà bien avancée dans les médiathèques et les espaces de lecture publique, cette réflexion s’amorce dans notre profession et fait écho à des problématiques propres aux espaces documentaires en milieu scolaire : identité du document et son hybridation croissante à l’ère numérique, place des compétences psycho-sociales et collaboratives dans les apprentissages scolaires. On observe des mises en œuvre timides dans certains CDI. 

Source : Inter CDI n° 280-281, septembre-octobre 2019.

En établissement scolaire, on observe davantage un usage informel en clubs, sur le temps méridien, au foyer, et par conséquent un usage restrictif de jeux « sérieux » à des fins disciplinaires.

Pourtant, depuis une quinzaine d’années, le jeu connaît un véritable âge d’or éditorial et devient un loisir intergénérationnel grand public.  Le jeu de société est victime de son succès ; un effet renforcé avec l’arrivée du covid. Des salons du jeu se dessinent de plus en plus le paysage ludique, par exemple le salon Ludinam de Besançon (mai 2022). Il faut promouvoir le local 🙂

Le jeu comme le livre permet de se divertir, d’apprendre, de partager, de s’amuser, de s’enrichir. Il constitue une ressource.

3. Quels peuvent être les freins à la constitution de ludothèques scolaires ?

Ces difficultés de mises en œuvre du jeu libre en établissement scolaire peuvent s’expliquer par :

  • Des possibilités pédagogiques du jeu très transversales,
  • Les limites incertaines entre scolaire / périscolaire,
  • L’inscription du jeu dans les programmes (seulement dans les programmes limitatifs de français Tle Bac pro : Le jeu : futilité, nécessité. Contrairement au cycle 1 : Jouer et apprendre)
  • Les contraintes matérielles et logistiques,
  • Le coût,
  • Les craintes liées à un manque de culture ludique, d’expertise, de formation,
  • Les possibles phénomènes de disparition de jeux de société,
  • Des représentations négatives du jeu ou idées reçues persistantes, 
  • Des freins idéologiques (programmes scolaires trop chargés pour permettre l’expérimentation de nouvelles approches pédagogiques ; peur du regard des collègues, des parents d’élèves, voire des élèves eux-mêmes ; crainte de voir changer leur rôle ; absence d’intérêt porté au jeu ou incompatibilité supposée du jeu avec l’enseignement ; crainte d’introduire des valeurs qui ne sont pas compatibles avec le système scolaire (publicité, apprentissages associés à des récompenses, apprentissages associés à du divertissement, apprentissage sans effort…) ; risque de rencontrer des résistances parmi les apprenants eux-mêmes ou de ne susciter que leur ennui…).

4. Le jeu au CDI, quels contextes d’usage ?

Ces difficultés et freins soulevés, comment penser l’introduction du jeu au CDI ? Deux situations sont à envisager pour le professeur documentaliste : 

  • Proposer des jeux en lien avec les différents dispositifs comme en l’AP au collège par exemple. Le jeu est ainsi au service des apprentissages -> cf. Le jeu en classe (CESC,AP, EMC, EMI, histoire, maths…).
  • Penser le jeux de société comme un objet culturel à part entière au même titre que le livre -> on parle alors de jeu libre.

Vont se côtoyer au CDI différents types de jeux selon des besoins à identifier : jeux libres, jeux  structurés.

  • Jeux libres (apprentissages informels) : le sujet choisit quand et comment il joue, dans un cadre temporel et spatial imparti. L’enseignant n’assure aucun guidage direct. Cela implique pour le professeur documentaliste de penser les temps, l’organisation et l’aménagement des espaces.
  • Jeux structurés (apprentissages formels) : l’enseignant initie le jeu en vue de faire acquérir explicitement des apprentissages spécifiques. Tout en conservant son aspect ludique, le jeu structuré comporte et sert des objectifs d’enseignement –> utiliser des jeux en classe ou créer des jeux pour la classe.

Dans le cadre de la création d’une ludothèque, les jeux libres impliquent pour le professeur documentaliste de réfléchir :

  • aux temps disponibles : temps scolaires, périscolaires, extrascolaires (récréations, pause méridienne, heures banalisées dans l’emploi du temps, accès aux élèves internes, club),
  • à l’organisation et l’aménagement des espaces (mobilier spécifique ?), 
  • aux repères explicites (classement, signalétique),
  • à la diversité du matériel et de l’offre proposée (variété des jeux) : compétitif, coopératif, en duo, solitaire. Des jeux réflexifs, d’ambiance, de mime. Durée des jeux. Âge. Niveaux : débutant, intermédiaire, expert,
  • au budget alloué et avec quel prestataire commander,
  • au catalogage des jeux et leur accès (libre, indirect ?),
  • au prêt des jeux,
  • aux conditions d’utilisation et aux règles de comportements des joueurs (charte du joueur au CDI),
  • au rangement, à la vérification du matériel,
  • aux partenariats avec des médiathèques, ludothèques,
  • aux actions de promotion des jeux,
  • à la charge de travail qui s’ajoute à vos tâches habituelles.

Une séance de jeu libre peut rapidement dégénérer et produire des effets contraires à ceux attendus. Ne pas oublier :

  • la contrainte indéniable du volume sonore,
  • la création de plusieurs espaces de jeux (quand c’est possible) à adapter selon les types de jeux (ambiance, duo, mime, etc) ? L’élément le plus difficile à gérer selon moi,
  • un planning d’inscription hebdomadaire pour éviter une trop forte concentration d’élèves au CDI ?

5. Avant de se lancer…de l’importance de définir des objectifs

Le professeur documentaliste maître d’œuvre de l’organisation des ressources documentaires de l’établissement et de leur mise à disposition.

Créer une ludothèque, ce n’est pas interdit, alors pourquoi s’en priver ? Et c’est fun ! Mais pas sans avoir clairement identifié des objectifs pour pouvoir :

  • en rendre compte dans votre bilan d’activité par exemple,
  • argumenter vos choix lors de sa création,
  • expliquer votre démarche lors d’échanges avec vos collègues, l’adminsitration,
  • et intégrer ce formidable projet dans la politique documentaire de l’établissement tant qu’à faire.

Constituer une ludothèque relève d’une démarche intentionnelle, pour :

  • Inscrire le jeu en tant qu’objet documentaire et d’apprentissage, par la mise en œuvre d’une politique d’acquisition et d’une politique ludique* dans une démarche globale d’établissement,
  • Encourager une multiplicité des pratiques, dont la pratique ludique.
  • Développer une dynamique culturelle et sociale en direction des publics. Le CDI est un espace de lien social, de convivialité, de loisir, de culture et de citoyenneté,
  • Démocratiser le jeu au CDI et dans l’établissement, celui-ci participant aux apprentissages et à l’ouverture culturelle des élèves (voir la circulaire de mission des professeurs documentalistes, n° 2017-051 du 28-3-2017)

* Terme emprunté à Mathieu Asseman et Thadée Oliver, Le professeur documentaliste, initiateur d’une « politique ludique’, In Inter CDI n° 280-281, septembre-octobre 2019.

6. La vraie question de #profdoc : Pourquoi créer une ludothèque au CDI ?

  • Développer une culture du jeu au lycée,
  • Initier, essaimer au sein de l’équipe pédagogique des situations d’apprentissages ludiques,
  • Pour les multiples bénéfices du jeu : convivialité, plaisir, détente, loisir, activité libre, ressorts de collaboration, de coopération, de communication, mixité des publics, développer la créativité, réflexion,
  • Pour les vertus du jeu : le jeu associe la richesse des expériences vécues  à des émotions positives. Dans certains cas, il peut améliorer le climat scolaire. Un climat scolaire positif conditionne fortement l’engagement actif du sujet dans les apprentissages. Au travers du vécu et des épreuves partagées, le jeu coopératif établit des liens entre pairs et avec les adultes. Une meilleure connaissance de « l’autre » permet d’apprécier les aspects positifs de ses différences. 
  • Le jeu peut être un appui pédagogiquement efficace et pertinent dans les apprentissages pluridisciplinaires : engagement, motivation, dépassement de soi, estime de soi.

L’intégration d’un nouveau support comme le jeu interroge la politique documentaire de l’établissement. Cette première réflexion menée, vous pouvez alors vous lancer dans la création d’une ludothèque au CDI. Par quoi commencer ? Suite au prochain épisode.